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mercredi 14 janvier 2009

Mercredi 14 Janvier 2009. 16H28

Dans les Mémoires d'Outre-Tombe, IV, Flammarion Grand Format, p. 451 (édition de septembre 1982), Chateaubriand écrit : "A onze heures je montai en voiture : la nuit était pluvieuse. Il me semblait retourner à Venise, car je suivais la route de Mestre : j'avais plus envie de revoir Zanze que Charles X." Tout Chateaubriand est là, (et peut-être tout homme?) dans cette oscillation entre deux univers peut-être inconciliables, qui ont , souvent, été l'objet de sa quête, au long de sa vie, et qui lui sont, tous deux, devenus inaccessibles : le plaisir et le pouvoir.

mardi 30 décembre 2008

Mardi 30 Décembre 2008. 14H56

Ce qui me choque, sous la plume de Chateaubriand, c'est qu'il y a , de la part du Vicomte Chateaubriand, un mépris de caste à l'égard de Rousseau, issu d'une couche sociale inférieure : "Byron arriva riche et fameux à Venise, Rousseau y débarqua pauvre et inconnu ; tout le monde sait le palais qui divulgua les erreurs de l'héritier noble du célèbre commodore anglais ; aucun cicerone ne pourrait vous indiquer la demeure où cacha ses plaisirs le fils plébéien de l'obscur horloger de Genève." ( Mémoires d'Outre-Tombe, IV, p. 422, op. cit.). Le jugement de Chateaubriand est d'une grande injustice en ce qui concerne le style de Rousseau : "A travers le charme du style de l'auteur des Confessions, perce quelque chose de vulgaire, de cynique, de mauvais ton, de mauvais goût ; l'obscénité d'expression particulière à cette époque gâte encore le tableau." (p. 422, op. cit.)
Tout cela est formidablement injuste et trahit l'esprit d'un homme d'une société ancienne , pour lequel le clivage entre les nobles et ceux qui sont issus d'une basse extraction ne peut que perdurer.
Pourtant , c'est Rousseau qui me forma profondément honnête homme , moi qui suis, tout comme lui, issu d'un milieu social modeste, avec des textes extraordinaires, comme celui des Confessions qui s'achève par les lignes suivantes : " Ceux qui liront ceci ne manqueront pas de rire de mes aventures galantes , en remarquant qu'après beaucoup de préliminaires, les plus avancées finissent par baiser la main. O mes lecteurs ! ne vous y trompez pas. J'ai peut-être eu plus de plaisir dans mes amours, en finissant par une main baisée, que vous n'en aurez jamais dans les vôtres, en commençant tout du moins par là." (Confessions, édition Garnier, p. 154 , achevée d'imprimer le 10 Avril 1980).

lundi 29 décembre 2008

Lundi 29 Décembre 2008. 11H30

En 1972, lorsque je préparais ma Licence de Lettres Modernes à la Faculté des Lettres de Besançon (France), je lus et relus, avec une volupté indicible, Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau (1782). J'eus d'ailleurs mon heure de gloire , dans cette même Faculté des Lettres, en faisant un exposé sur "la journée des cerises", (p. 152 et 153 de l'édition Garnier des Confessions, 1980). en présence du professeur Paul Sadrin qui me fit ce compliment inoubliable : "Monsieur, si Jean-Jacques Rousseau avait été là, il aurait été content."
En 2008, soit trente-six ans plus tard, je lis dans les Mémoires d'Outre-Tombe (Tome IV) une page extraite des Confessions de Rousseau et fidèlement recopiée par Chateaubriand, p. 420 et 421, qui consiste en le récit de l'aventure que Rousseau vécut à Venise en compagnie d'une certaine "Zulietta", aventure qui se termine par une formule péremptoire adressée à Rousseau par ladite "Zulietta" : "lascia le donne e studia la matematica" : "laisse les femmes et étudie les mathématiques" (p. 421 des Mémoires d'Outre-Tombe, IV, op.cit. et page 379 de l'édition Garnier des Confessions, 1980).
J'ai donc renoué avec Rousseau, ce matin, par Chateaubriand interposé. Quant à la phrase prononcée par "Zulietta", je me suis dit que si une femme , ces jours-ci, m'adressait la même phrase à moi-même, je peux dire que je me dirais , en mon for intérieur, que mon inclination, ces jours-ci , ne va à rien d'autre qu'à des choses purement immatérielles. Comme "l'étranger" du poème en prose de Baudelaire (Petits poèmes en prose, 1869) , que l'on questionne sur ce qui suscite en lui de l'intérêt, je crois que je pourrais répondre, tout comme lui : "J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... les merveilleux nuages".

dimanche 27 juillet 2008

Dimanche 27 Juillet 2008. 9H35

Dans ma maison, en Lorraine.

Songé, hier, à cette idée simple que je livre à mon lecteur, ma lectrice bénévoles : en littérature, on pourrait distinguer les « transhumants des siècles », les « enjambeurs des siècles » (Chateaubriand : 1768-1848) et ceux qui ont les deux pieds dans le même siècle (Hugo : 1802-1885). Mais, pour ce qui concerne Chateaubriand et Hugo, tous deux ont été les témoins de mutations considérables de la France : de la Monarchie à la Restauration, en passant par l’Empire, pour Chateaubriand, de l’Empire à la République en passant par le Second Empire, pour Hugo. Le parallèle entre ces deux écrivains pourrait être développé : n’est-ce pas le jeune Hugo qui disait : « je serai Chateaubriand, ou rien ». ?

Avant de quitter Romilly-Sur-Seine, j’achetai, avant-hier, des tuteurs et du fil pour « mon jardin zen » (quatre pots de lavande posés sur le goudron de la cour minuscule qui m’a été attribuée, au titre de « l’appartement de fonction ». *** me dit : « tu vas enlever ça, (les tuteurs et le fil), c’est ridicule ! ». Je lui répondis : « mon père disait à ma mère, avec une tendre ironie, lorsqu’elle se mêlait d’improviser des travaux de jardin : « c’est ton jardin polonais ». Eh bien, ces quatre pots de lavande sont mon jardin polonais ! »

Parti, hier, de Romilly-Sur-Seine, avec A. et ***, passé à la gare de Nancy pour déposer ***, puis dans la banlieue de Nancy pour boire une tasse de thé « Lipton », avec une rondelle de citron, chez ma mère, j’arrive ici vers 19H30. Ici, derrière ma maison, en Lorraine, ce n’est pas le goudron d’une cour qui m’attend, mais un jardin en friche, avec une herbe tellement haute qu’il faudrait une débroussailleuse performante (que je n’ai pas), pour en venir à bout. La maison possède, sur le devant, côté rue, une petite terrasse cimentée : le ciment s’est fissuré, par endroits, et les herbes sauvages y poussent, avec la complicité de l’eau qui coule du chéneau d’une minuscule véranda, par une gouttière qui pend, étrangement, dans le vide:

J’improvisai un repas, pour A. et moi. Quand la nuit descendit sur le village, je me rendis compte, seul, dans ma chambre, au premier étage, qu’à force de vivre quotidiennement dans une ville, j’avais désappris l’obscurité et le silence absolus d’une nuit sans lune, à la campagne.

Après une nuit difficile (le lit de fortune, sur lequel je dors dans cette maison est d’un inconfort absolu, et mes apnées du sommeil ont dû être nombreuses), je lis, ce matin, dans les Mémoires d’Outre-Tombe (Classiques de Poche, III, p. 456, op. cit.), cette phrase d’une force inouïe : « La presse est un élément jadis ignoré, une force autrefois inconnue, introduite maintenant dans le monde ; c’est la parole à l’état de foudre ; c’est l’électricité sociale ». Ne pourrait-on remplacer, aujourd’hui, le mot « presse », par le mot « internet » ?

Au-delà de ce que dit le texte de Chateaubriand, sur le plan historique, philosophique, artistique, religieux, il faut lire, en filigrane, le non-dit, tout ce qui se rapporte à sa vie privée Au-delà de son souci de construire une œuvre, ou d’agir sur le monde par la politique, le fil conducteur de sa vie est, en réalité, la vie affective. C’est exactement cela que tous ceux à qui je parle de mon admiration pour Chateaubriand et qui me regardent avec de grands yeux étonnés, n’ont jamais su voir. Je renvoie mon lecteur, ma lectrice bénévoles aux pages suivantes de cette édition des Classiques de Poche, Tome III : page 394, note 1, comme page 432, note 1, ou encore page 455, passim….Je ne saurais rédiger un « reader’s digest » de tout cela : il me semble que mon lecteur, ma lectrice ne peuvent faire l’économie de l’effort de lire cela dans le texte, et dans les notes précieuses, en bas de page, de Jean-Claude Berchet.